h1Veggie Pride

Diffuser le mode de vie végan : une critique

Antonella Corabi

On peut être végétarien et ne pas savoir répondre sur les recettes. Fuir les questions sur les lessives écologiques, traîner des pieds face à la curiosité concernant la cohérence de nos comportements. Ne pas encourager les questions oisives de qui veut enquêter sur notre quotidien atypique.

On peut être végétarien et savoir que l'attention flatteuse portée à la particularité de notre mode de vie peut être trompeuse ; que l'espoir qu'elle suscite d'arriver par ce biais à la question animale peut n'être qu'illusion, fausse route.

Il est possible d'être végétarien tout en échappant au risque que l'on parle d'autre chose ; cesser de parler sans cesse d'objets cruelty free et commencer à parler simplement-- de cruelty.

On peut être végétarien et cesser d'inviter les gens à suivre notre choix, pour plutôt dénoncer le massacre des animaux, et demander qu'il y soit mis fin.

Manifester pour la fierté végétarienne, c'est aussi affirmer courageusement sa volonté de porter au centre du débat public la question animaliste, sans l'enrober et la camoufler dans la propagande en faveur du style de vie végan, sans en tempérer la protestation en la rendant plus rassurante et légère car limitée au comportement personnel.

Véganisme et style de vie végan

La lutte pour la libération animale se présente comme un ensemble d'expressions comprenant, à côté des formes traditionnelles de protestation, la mobilisation pour la diffusion du style de vie végan parmi les individus. Par « style de vie vegan », on n'entend pas ici la simple tendance à éliminer la viande, le poisson et les dérivés animaux de sa consommation personnelle, élimination qui habituellement découle très natuellement de la prise de conscience animaliste. Il s'agit plutôt d'un état d'esprit marqué par l'idée de l'existence une forte possibilité d'influer sur le destin des animaux à travers nos choix individuels de consommation, lesquels dès lors deviennent l'objet d'une attention rigoureuse. La sélection des objets de consommation n'apparaît plus comme une simple et évidente suppression des parties du corps des animaux dans la liste des course ; on lui attribue le pouvoir de réaliser la libération des animaux de l'exploitation, à travers le mécanisme de la réduction de la demande des produits dérivés de cette exploitation. La rigueur avec laquelle les végans s'appliquent à cette sélection et le degré de cohérence qu'ils mettent dans leurs choix de consommation prennent donc une valeur très élevée, servant d'échelle pour la mesure de la force morale de l'individu, lequel, à travers ses achats, paraît directement responsable du destin des animaux. Cet ensemble d'attitudes se traduit fréquemment par une tendance à contrôler de près son propre degré de cohérence ainsi que celui de ses semblables, et par la culpabilité, quand les reproches s'adressent à soi-même, et la culpabilisation, quand ils s'adressent aux autres, chaque fois que le degré de cohérence sera jugé insuffisant.

Le but de ce texte est de remettre en cause l'approche basée sur la diffusion du style de vie végan tel qu'on vient de le définir, en concentrant la critique sur la perspective qui considère, d'une manière aussi exagérée, les choix individuels com1me de puissants facteurs de changement social, et en exprimant une grande perplexité face à la rigueur et à la force normative qui lui sont associées au point de servir d'échelle de mesure de la possibilité de réaliser la libération animale.

Photo Veggie Pride: «Le végétarisme est bon pour la santé de celui qui est mangé»

L'approche fondée sur le style de vie végan encourage en outre un malentendu qui se manifeste dans l'horizon des valeurs et des objectifs du mouvement animaliste, sur le plan tant de la communication que de la revendication, parce qu'elle déplace inévitablement l'attention depuis l'objectif de libération animale vers la persuasion individuelle, comme si le changement individuel pouvait se substituer au changement social, ou au moins exercer sur lui une forte influence.

En somme, notre but est d'exprimer l'urgence d'une refocalisation de l'objectif animaliste, en redonnant toute son importance à la dimension collective, publique, selon une conception qui ne voit pas l'exploitation animale comme résultant d'une somme de choix individuels, mais comme une institution supraindividuelle, qu'il s'agit de démanteler au niveau public, collectif, sans transférer le conflit dans le quotidien des choix privés.

Changement individuel et changement social deviennent interchangeables

Sur la Veganzetta du 9 juin 2008 est paru un article intéressant2 dans lequel l'auteur se demande pourquoi, si on cherche le mot « végan » dans un moteur de recherches d'images, on trouve d'abord des photos de végétaux et d'autres réponses concernant les recettes de cuisine et les questions de diététique. L'auteur écrit :

L'attention est portée sur ce que les végans font et non sur les raisons pour lesquelles ils le font.

Effectivement, il semble que dans l'imaginaire collectif les motivations des végans aient perdu de l'importance, relativement à celle accordée à l'expression concrète et pratique de leurs idées. Au centre de l'attention, on ne trouve pas les pensées et revendications des végans, mais les végans eux-mêmes. Les animaux et leur condition d'exploités, sujets autour desquels devraient tourner le conflit entre les végans et les non-végans, apparaissent estompés, comme si une caméra partie pour filmer deux factions en lutte pour la libération de quelqu'un s'était arrêtée sur les particularités d'une des deux parties, parcourant longuement les détails, les traits, les mouvements de son objet, sans jamais l'encadrer lui-même, sans laisser donc voir la raison de tant de mouvement, lequel apparaît, du fait de l'omission tragique de sa motivation, une agitation étrange, bizarre, excentrique ; comme, certainement, une tendance curieuse et intéressante. Dans le cas qui nous occupe, la motivation animaliste, au lieu d'occuper le devant de la scène, apparaît au second plan, à peine esquissée. Au centre de l'intérêt, il y a au contraire le style de vie végan, avec son caractère atypique. L'attention est évidemment déplacée depuis l'animal et ses conditions d'existence vers l'humain et vers la différence qu'il exhibe relativement à un système préconstruit.

La raison pour laquelle l'expression de l'identité végan apparaît plus intéressante pour les non-végans que la revendication animaliste elle-même n'est pas difficile à imaginer : le contenu des exigences antispécistes est réellement révolutionnaire, et leur prise en compte risquerait de remettre en cause un schéma culturel profondément enraciné.

Ce qui est réellement curieux — et laisse perplexe — est la propension des végans eux-mêmes à parler en termes de style de vie végan, à consacrer tant d'énergie à l'amélioration de leur propre comportement de consommateurs et à attribuer à cette amélioration une importance fondamentale. L'influence sur les choix de consommation, et les changements qui en découlent au niveau individuels, prennent une importance énorme sur le plan du militantisme.

Si tout le monde faisait comme ça…

La raison d'un si grand engouement pour les changements individuels en tant que puissants facteurs de transformation culturelle est certainement à chercher dans une conception du système social comme « somme » d'individus, une conception selon laquelle, donc, la mise en mouvement des forces qui déterminent les processus de changement social dépend de la simple augmentation du nombre de militants et de la rigueur manifestée par chacun de ceux-ci. Une telle vision des choses ne prend donc pas en compte le fait que l'exploitation animale a un caractère en réalité institutionnel, qui du fait de son ancienneté et de son omniprésence s'est retrouvé pleinement intégré dans les fondements de notre culture, élément structurel dans lequel, transcendant les individus et prenant un caractère supraindividuel, la relation entre changement individuel et projet de libération animale est faible et soumise à d'innombrables facteurs médiateurs.

La conflictualité, qui devrait avoir comme but la conquête de la libération des animaux, apparaît presque redéfinie comme conquête du véganisme parmi les individus.

Dès lors, la libération animale et le changement individuel semblent devenir des objectifs équivalents, presque interchangeables.

Un terrain de lutte privé

Le terrain de lutte pour la diffusion du style de vie végan est la vie quotidienne, individuelle, privée, et la dimension collective de cette forme de protestation se configure surtout comme somme et coordination de ces actions individuelles. Occasionnellement, un végan se retrouve la cible d'une réprobation explicite de la part de ses pairs pour un manquement à la cohérence, mais la propension des végans à juger et à condamner apparaît surtout à travers l'exemple qu'ils donnent chaque jour, en particulier dans l'attention rigoureuse dont ils font preuve envers chaque détail de leur propre comportement de consommation. De cette attitude ressort souvent un jugement implicite à l'encontre de l'interlocuteur, qui se retrouve honteux d'avoir acheté une bouteille de plastique ou de n'être encore que végétarien. Ce genre de tension se remarque d'ailleurs effectivement surtout entre végétariens et végans, car la consommation de lait et d'œufs est souvent perçue comme une grande faute. L'élimination de la viande et du poisson, loin de susciter l'admiration, déchaîne souvent l'hostilité dès lors que demeure une consommation de produits dérivés. L'attention portée au particulier est ici évidente : le détail, le niveau atteint par un individu dans son parcours est jugé fondamental, comme si ces facteurs influaient le décompte réel des abattages d'animaux, dont l'individu porte alors immédiatement la responsabilité. De fait, c'est une attitude courante que de distinguer soigneusement entre végétariens et végans, comme si la non-exclusion des produits dérivés était à interpréter selon le principe de qui se tait consent, dont il découlerait que les végétariens ne seraient pas entiers dans leur désir de libération animale, et représenteraient par conséquent, à travers leurs pratiques de consommation, l'oppression des animaux eux-mêmes.

Il n'est pourtant pas évident que la non-exclusion des aliments dérivés coïncide avec une indifférence au sort des animaux. La cause peut plutôt être à rechercher du côté de facteurs sociaux ou psychologiques comme la tendance au conformisme, le désir de socialité, la peur de bouleverser ses habitudes de manière radicale, ou l'opposition des médecins. Mais cette possibilité est généralement ignorée par les végans. On voit souvent aussi certains végétariens manifester un sentiment de culpabilité suite à l'ingestion involontaire d'aliments contenant des morceaux d'animaux ; ou encore, des végans en train de reprocher à d'autres végans de ne pas faire preuve d'un degré assez élevé de cohérence, par exemple en rejetant certains aliments contenant des quantités minuscules de parties d'animaux sous forme de conservateurs listés en petites lettres parmi les ingrédients, ou encore en buvant un jus de fruit exotique acheté au supermarché, non issu donc de la filière du commerce équitable.

Nouveaux adversaires, malentendus stratégiques

Le style de vie végan implique donc que l'attention se porte fortement vers les produits présents sur le marché. Consommer des biscuits emballés sous plastique, faire ses courses dans un supermarché plutôt que dans un magasin biologique, connaître et étudier la nature des additifs alimentaires, tout cela est jugé hautement pertinent parce que capable d'influer sur le destin des animaux.

La cible à frapper n'est plus l'institution de la manipulation des corps des animaux, mais la consommation « irresponsable » ; l'interlocuteur de cette bataille est le consommateur. La conflictualité impliquée par les exigences animalistes devrait s'adresser à un adversaire bien déterminé, à savoir essentiellement l'institution de l'oppression animale. Il est évident au contraire que les mouvements qui soulèvent la question animale dans la perspective dont nous parlons ont perdu de vue l'adversaire traditionnel.

Voici donc l'animalisme emprisonné dans la logique de la société de consommation. À la revendication de la libération des animaux s'accole — d'une manière envahissante — la demande, faite au consommateur, de devenir végan. La dénonciation animaliste, portée par le travail de diffusion du style de vie, reste en partie masquée et en partie assimilée au déjà connu, c'est-à-dire aux phénomènes de mode ou de consommation responsable, phénomènes préexistants aux revendications animalistes.

L'adoption du style de vie végan étant identifiée à la libération des animaux, le dialogue entre animalistes et non-animalistes devient confus. Là où que le végan voit un lien fort et direct entre le conservateur caché dans la brioche et l'extermination des animaux, le non végan ne perçoit rien d'autre qu'un geste rituel dépourvu de conséquence au niveau politique. La rigueur dans le soin porté aux détails, que les végans affichent souvent, est perçue comme une fin en soi, incapable de peser de manière significative sur la condition des animaux.

Stratégiquement, il serait peut-être plus avantageux d'éviter que les personnes non véganes se concentrent trop sur ce que nous faisons, et donc de revoir à la baisse l'importance accordée aux petites gestes quotidiens et à la rigueur avec laquelle nous les accomplissons, de manière à recentrer l'attention sur nos motivations.

Se défendre avec cohérence ou de la cohérence ?

Il arrive fréquemment que les végans frappent l'attention des non-végans par leur refus d'aliments contenant de minuscules quantités de composants animaux, plutôt que par les revendications antispécistes qui sont les leurs3.

Par ailleurs, les végans croient souvent qu'il importe d'être cohérents parce que si les végans animalistes n'étaient pas cohérents dans leur propre style de vie, s'attachant à exclure toute trace animale des produits qu'ils utilisent, leur message prêterait le flanc à la critique et ne serait dès lors pas pris au sérieux.

La série de critiques dont les végans sont souvent l'objet à propos de leur prétendue incohérence4 a souvent pour effet d'exacerber leur volonté de corriger constamment leur propre comportement, perfectionnant leur propre cohérence et investissant beaucoup d'énergie à s'informer de manière détaillée sur les composants animaux contenus dans les produits qu'ils consomment.

Mais malheureusement ce n'est pas la recherche d'une plus grande cohérence ou la capacité à répondre du tac au tac aux provocateurs qui fera cesser les critiques contre la cohérence des végans. Dès lors que les provocateurs se retrouveraient dans l'impossibilité de prendre en défaut la rectitude végane, il est très probable qu'ils se retournent, au contraire, contre l'excessive rigueur portée aux détails ; remplaçant l'accusation d'incohérence par celle de maniaquerie.

Vivre dans une société structurellement profondément spéciste rend impossible la poursuite d'un comportement entièrement extérieur à la souffrance animale, et c'est pour cela que le répertoire des critiques potentielles envers l'incohérence supposée des végans est immense5.

95% des gens...Jouer le jeu des reproches d'incohérence expose donc au risque d'entrer dans une spirale sans fin dans laquelle les diverses critiques d'incohérence provoqueront des tentatives exaspérées de corriger et réhabiliter le caractère complètement éthique du style de vie végan. Le résultat est qu'encore une fois la discussion portera sur les chaussures et les additifs alimentaires, et non sur les animaux.

Pour briser ce cercle vicieux, il pourrait être utile d'essayer de se soustraire à la provocation, en refusant simplement la fausse logique de ceux qui veulent prendre les végans en défaut de cohérence, et en manifestant une indifférence explicite à corriger les imperfections éventuelles de la vie concrète, au profit d'un effort pour imposer un débat dans lequel il est admis dès le départ que nous sommes tous incohérents et où il s'agit de parler des animaux et des cages dans lesquelles ils vivent et des privations qui leur sont imposées, en évitant la dérive vers les discours superficiels sur la plus ou moins grande perfection des modes de consommation individuelle.

Recentrer le problème

Souvent, quand on propose au sein du mouvement de libération animale une critique du « style de vie végan », ce qu'on se voit répondre est qu'il n'y a alors pas de limite claire entre être végan et ne pas l'être.

En premier lieu, le fait même de se préoccuper d'une telle limite, dans le but de ne pas la dépasser, présuppose l'existence d'une relation entre le degré de cohérence et le destin des animaux, comme si le fait que nous soyons d'un côté ou de l'autre de cette limite pouvait faire effectivement la différence, pour eux. Le concept de limite devrait au contraire retourner au domaine du privé, chaque personne qui choisit de ne pas se nourrir d'animaux et de produits de leur exploitation étant libre de faire son propre chemin, sans que celui-ci ne se substitue au militantisme et à la mise en avant explicite de la revendication de libération des animaux du système d'exploitation. Dans la formulation même de sa juste critique, l'article de la Veganzetta semble encore conditionné par les éléments qui pourraient être la cause de ce qui est rejeté.

L'auteur explique en effet :

Il reste important de répéter toujours que la base de la pratique végane est de nature éthique, c'est-à-dire la reconnaissance de l'égale dignité des Humains et des autres Animaux et la recherche de modes de vie respectueux des prérogatives (vie, liberté, qualité d'existence...) de chaque Animal.

À la lumière des critiques exposées, une approche basée sur la recherche de « modes de vie » peut susciter une grande perplexité, surtout sachant les malentendus qui en découlent. La recherche de modes de vie respectueux se concentre encore une fois sur nous, sur notre vie quotidienne et sur la demande que d'autres encore imitent notre exemple, notre style. Le passage ci-dessus montre à l'évidence la force que conserve le conditionnement par l'approche « style de vie » : tout en se montrant sensible aux dangers de cette approche, l'auteur semble peiner à reconnaître que c'est justement la mise en avant du modus vivendi qui joue un rôle significatif dans l'existence de ces dangers.

Objections courantes

Il est possible que la critique de l'approche basée sur le style de vie végan soit prise pour une critique du véganisme en soi. En réalité, il ne s'agit pas de critiquer le refus de consommer la viande et les produits animaux, et il ne s'agit pas du tout d'affirmer que le choix d'être végétariens et végans n'a aucune importance. Devenir végétariens et végans est un choix logique, pour qui considère que les animaux ne doivent d'aucune manière être exploités, instrumentalisés, maltraités, tués. Cesser de manger les produits qui ont à voir avec leur exploitation constitue un geste fort d'opposition à un système qui leur dénie les droits fondamentaux, la vie, la liberté, la capacité de sentir, leur caractère de sujets intelligents et sociaux. Mais dans l'activisme animaliste la propagande du style de vie végan occupe aujourd'hui un espace trop vaste, au détriment des efforts pour maintenir l'attention envers les animaux, sur leurs conditions et sur la nécessité que les lieux dans lesquels ils sont exploités et tués soient fermés. Le moment est peut-être venu de parler comme citoyens, plutôt que comme consommateurs. D'ailleurs, de nombreuses initiatives, traditionnellement populaires chez les militants, y compris les simples manifestations de rue, sont déjà fortement caractérisées par une dimension politique de revendication. La portée politique de ces formes d'expression est évidente, et ce sont bien les exigences animalistes qui y sont mises en avant, ce sont bien les citoyens et les institutions qui sont directement interpelés à propos des animaux. Ce que l'on peut souhaiter, c'est que les animaux redeviennent les protagonistes absolus de la revendication animaliste et qu'à la place de la gentille requête que l'on devienne végan on entende l'explicite et courageuse exigence de voir l'exploitation prendre fin.

Notes

1. Andrea Furlan, « Verdure o sangue » (« Légumes ou sang »), Veganzetta, 9 juin 2008.

2. Pendant une discussion avec plusieurs personnes non véganes, on m'objecta que les végans sont incohérents parce qu'ils boivent de la bière clarifiée avec des substances animales. J'expliquai que je ne savais même pas quelle bière était végane, et que le sujet ne m'intéressait que moyennement, sachant que dans la perspective d'un changement social conforme aux exigences de libération animale, le fait que je perde personnellement mon temps à enquêter auprès des fabricants pour savoir si leur bière contenait ou non de petites quantités de produits d'origine animale a un impact politique presque nul. Face à cette réponse inattendue, mes interlocuteurs comprirent mon désintérêt pour la pratique végane vue comme rectitude comportementale (et donc mon désintérêt à juger mes interlocuteurs d'un point de vue moral), et la discussion se poursuivit sur le rapport entre les animaux et la société, et non plus sur la règle de vie végane.

3. Parmi les commentaires les plus fréquents, on trouve des jugements du type : « Vous manifestez contre la fourrure tout en portant des souliers en cuir », ou : « Vous ne mangez pas les animaux mais vous servez de produits fabriqués avec l'aide de substances d'origine animale, comme le sucre blanc ».

4. De fait, parmi les critiques les plus désarmantes auxquelles les végans font face, on en trouve même certaines du genre « Vous ne mangez pas de viande mais vous tuez bien les acariens quand vous lavez le tapis », ou encore « En mangeant les légumes vous en privez les insectes ».